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Met en perspective les questions d'économie internationale grâce à l'actualité de la recherche

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Denis GOUAUX
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Adam Smith et les très hauts salaires | 09 février 2010

trader

Dans cette rubrique consacrée à Adam Smith il ne sera pas toujours question d'économie internationale. C'est le cas aujourd'hui.

La controverse à propos des rémunérations fantaisistes des traders ou de quelques dirigeants de grandes entreprises conduit certains à réclamer une moralisation des affaires tandis que d'autres n'y voient rien à redire et entonnent la ritournelle de la "loi de l'offre et de la demande".

Qu'en aurait dit Adam Smith? Celui-ci ne s'est pas intéressé seulement aux inégalités fonctionnelles (capitalistes/rentiers/salariés) puisqu'il consacre de nombreuses pages à la disparité des salaires. Ses conclusions sortent passablement des sentiers battus et annoncent les réflexions récentes sur "l'effet super star".

Smith constate que certaines professions sont le théâtre d'une amplification considérable des rémunérations. C'est le cas des artistes (*) mais aussi des médecins, des avocats et autres orfèvres ou joailliers (ancêtres des banquiers comme on sait). Ces hautes rémunérations récompensent-elles un effort remarquable d'éducation et un long apprentissage? Oui mais Smith constate l'existence d'une singulière disproportion entre compétences,  rémunérations et niveaux de vie. Deux raisons président à cela.

 En premier lieu le besoin de confiance du public: "Nous confions au médecin notre santé, à l'avocat et au procureur notre fortune, et quelque fois notre vie et notre honneur; des dépôts aussi précieux ne pourraient pas, avec sûreté, être remis dans les mains de gens pauvres et peu considérés. il faut donc que leur rétribution soit capable de leur donner dans la société le rang qu'exige une confiance si importante." Les rémunérations et le standing confortables de tel banquier ou tel avocat célèbre devraient constituer une garantie crédible de qualité sur un marché où toute l'information n'est pas partagée dirait-on en termes plus contemporains (**).

En second lieu le facteur "chance": au privilège de figurer au sommet d'une profession à forte qualification s'ajoute l'opportunité de capter les revenus de ceux qui n'ont pas connu cette opportunité: "Dans une profession où vingt personnes échouent pour une qui réussit, celle-ci doit gagner tout ce qui aurait pu être gagné par les vingt qui échouent" (L1 p. 180).

Consommation ostentatoire et hasards du don personnel doivent-ils conduire nécessairement à ce que les gagnant "raflent toute la mise"? Smith ne semble pas le penser. 

Tout d'abord il ironise sur le cas de l'antique Athènes où "beaucoup de grands professeurs de ces temps-là paraissent avoir fait des fortunes considérables. Gorgias fit présent au temple de Delphes de sa propre statue en or massif" (L1, p. 211). Ensuite, observant ses contemporains il constate que quelque exorbitante que semblent certaines rémunérations, les rétributions réelles ne sont jamais égales au résultat d'une "loterie parfaitement égale". D'un côté les "stars" ne poussent jamais leur avantage financier au maximum car elles recherchent également le prestige et ont le goût de la réussite en soi, toutes choses a priori non marchandes; d'un autre côté les individus se lancent dans de telles professions avec une (trop) grande foi dans leur bonne étoile et leur intrépidité garantit un haut niveau de concurrence (***).  

Appliquons ces raisonnements à la haute finance contemporaine et imaginons une population acquise aux principes du libéralisme smithien. Celle-ci elle ne trouverait rien à redire aux largesses de certains traitements car les banquiers qui "jouent" avec l'épargne des autres recoivent justement des hauts salaires pour rassurer le public. Mais qu'en serait-il si le public apprend que les banques ont abandonné leur métier traditionnel et que certains excès perdurent malgré la crise?

Ajoutons que selon Smith les facteurs de réussites professionnelles échappent pour une large part aux individus (hasard du don personnel et plus ou moins grande concurrence selon la "police" de l'Etat) de sorte qu'une redistribution des revenus est juste. Smith fait confiance aux acteurs pour en ordonner spontanément les modalités. Adam est tellement optimiste. 

(*) Le lien entre salaires et renommée épouse la forme  d'une courbe en U. C'est aux deux extrêmes de la considération que l'on observe les plus hautes rémunérations. Le bourreau comme l'artiste sont très bien payés pour compenser "l'infâmie" de leur métier tandis que les artistes doivent en plus recevoir une indemnisation en raison des désagréments occasionnés par une extrême popularité.

(**) Un client qui entre dans le bureau luxueux d'un avocat juge que ce dernier a de fortes chances d'être un excellent professionnel. Le signal est crédible en raison de la difficulté qu'aurait un avocat moins réputé pour s'offrir un tel cadre de travail.

(***) Smith décrit des agents confiants dans leurs capacités au point de sous estimer systématiquement les risques d'échec. Ces "risk lovers" se retrouvent du coup  avec un niveau de dépense largement supérieur à leurs revenus (endettement).

Prochain billet: Smith et les avantages comparatifs

Publié par Ecointerviews à 13:18:38 dans Ballades Smithiennes | Commentaires (0) |

La fuite du carbone | 04 février 2010

 

Aujourd’hui  183 pays (à l'exception notable des États-Unis) ont ratifié le protocole de Kyoto, traité international dont l’objectif est de réduire les émissions de  gaz à effet de serre, principalement le CO2. 

Un article de Rahel Aichele  et Gabriel Felbermayr (2010) a attiré notre attention car il souligne que le contenu en carbone des importations de ces pays a augmenté de 50% entre 1995 et 2005.  Nous avions d’ailleurs déjà eu l’occasion de parler de cela dans un post relatant une étude d'Arik Levinson (2008) sur l'évolution des quantités de gaz polluants émises par l'industrie américaine.  Jean-Marie Grether   Nicole A. Mathys ont aussi montré récemment à travers des cartes très parlantes comment le centre de gravité des émissions polluantes mondiales se déplace vers l’Asie.  Tout cela pour dire qu’on retrouve toujours et encore cette idée selon laquelle les green countries délocalisent leur production polluante vers les brown countries.  Ainsi Aichele  et Felbermayr (2010) montrent par exemple que la France ou le RU sont des importateurs nets de carbone à hauteur d’environ 35% de leurs émissions locales alors que la Chine l’Inde ou l’Afrique du Sud sont des exportateurs nets de plus 25% de leurs émissions locales.

Au-delà de ces constats les auteurs apportent un élément nouveau : les importations de carbones sont 12.5% plus fortes si le pays concerné à ratifié Kyoto alors que son partenaire commercial ne l’a pas fait. Lorsqu’ils ciblent leurs mesures sur les industries émettant beaucoup de CO2 les résultats sont plus marqués encore.  Les mesures ciblées sur la production de CO2 semblent donc engendrer des fuites de carbone via le commerce. Est-ce qu’il ne faudrait pas s’orienter vers des mesures ciblées sur la consommation de carbone afin d’éviter ces fuites? Le débat sur la taxe carbone est relancé...


Aichele, Rahel and Gabriel Felbermayr (2010), “Kyoto and the carbon content of trade”, FZID Discussion Paper, No. 10-2010.

Publié par Ecointerviews à 12:02:07 dans Actu des papiers | Commentaires (0) |

Les immigrants dopent les exportations du pays d'accueil | 29 janvier 2010

Giovanni Peri et Francisco Requena-Silvente confirment une découverte récente de la littérature économique: les immigrés facilitent les échanges commerciaux entre leur terre d'accueil et leur pays d'origine.

 Les auteurs ont enquêté sur l'Espagne des années 1995-2008, période au cours de laquelle la proportion d'immigrants dans la population espagnole est multipliée par dix (10% en 2008) tandis que le taux d'ouverture augmente d'environ un tiers pour atteindre 44% du PIB. 

Selon eux le doublement du nombre de migrants augmente les exportations vers leur pays d'origine de 10% en moyenne. L'élasticité du commerce est encore plus forte lorsque les migrants proviennent de pays culturellement éloignés (ex: les Africains).

Explication: les communautés de migrants installées en Espagne offrent aux entreprises exportatrices le savoir-faire, les ressources informationnelles et l'atmosphère de confiance qui sont utiles pour accéder au marché de leur pays d'origine. Ceci est particulièrement vrai pour les biens différenciés (automobile, chimie...) dont la circulation internationale exige plus particulièrement le support d'un réseau rélationnel stable.

Il suit qu'on se gardera de laisser filer les immigrés en période de récession car la diminution des flux d'exportations qui en résulterait provoquerait une aggravation du marasme économique.

Ce travail est intéressant parce qu'il amène à penser commerce et migration en termes de complémentarité et non de substitution, comme le veut la théorie traditionnelle des dotations factorielles (dans le modèle canonique  le commerce international naît des écarts de prix occasionnés par les différences de dotations en facteurs de production que l'on suppose immobiles internationalement, si l'on relache cette dernière hypothèse il en résulte un rapprochement des prix de facteurs et de biens qui prive le commerce international de son intérêt).

Deux remarques. Les migrations encouragent les flux commerciaux inter-continentaux puisqu'ils contre balancent les effets de détournement d'échanges que provoquent souvent les accords commerciaux régionaux (des chinois installés en France entretiennent les échanges franco-chinois en dépit des accords commerciaux préférentiels et de la proximité géographique et culturelle qui nous incline plus à échanger avec nos partenaires européens).

Il serait également intéressant d'étudier l'impact des NTIC sur l'efficacité exportatrice des réseaux formels et informels de migrants. Après tout les nouvelles technologies offrent aux migrants la possibilité de garder le contact avec leur culture d'origine (chose difficile auparavant). Ce pourrait être une voie supplémentaire par laquelle la technologie encourage la mondialisation, tout en atténuant l'effet d'arrachement culturel auquel on l'associe souvent.

Publié par Ecointerviews à 15:43:53 dans Actu des papiers | Commentaires (0) |

Quand le commerce ne suit plus le drapeau: le cas du boycott américain des produits français en 2003 | 28 janvier 2010

En 2003 le commentateur de Fox News Bill O'Reilly fut très imprudent lorsqu'il prétendit que son appel au boycott des produits français avait été un succès "foudroyant et brutal". En réalité de foudre il n'y eut point et ceci en dépit d'une très vive tension politique entre les Etats-Unis et la France à propos de la guerre en Irak.

Sur ce boycott qui fit "pschitt" Sophie Meunier a rédigé un article qui interroge le degré d'interaction entre le politique et l'économique dans le domaine commercial.

Les relations économiques transantlantiques n'ont pas du tout souffert des appels réciproques au boycott (voir la démonstration que l'auteure apporte dans un autre  papier ) comme l'indiquent l'évolution des ventes de produits "typiquement français" (vins,fromages, parfums...) et  celle de l'ensemble des flux commerciaux bilatéraux:il apparaît même qu'en pleine crise diplomatique les Etats-Unis ont échangé plus intensément avec la France qu'avec le Royaume-Uni et l'Espagne pourtant associés à l'embardée irakienne.

Meunier avance deux hypothèses principales pour comprendre cette "primauté" de l'économie sur la politique:

-Le contre-pouvoir des groupes de pression: c'est ainsi que la filiale américaine de Sodexho a joué de ses 110 000 emplois sur place pour faire cesser toute velléité parlementaire d'annuler son contrat avec l'armée américaine. Le commerce et la mondialisation des entreprises créent des interdépendances et des mixités qui dissuadent les fauteurs de protectionnisme.

-L'hypothèse du "pare-feu": à court terme les relations économiques internationales sont insensibles aux querelles politiques en raison de coûts irrévocables dans les contrats commerciaux (effet de mémoire) mais aussi parce que les acteurs se comportent tout simplement comme si, spontanément, ils ne mélangeaient pas les genres ("les affaires sont les affaires").

L'auteur n'éclaire cependant pas entièrement notre chandelle. Car après tout le coût d'opportunité du boycott était plutôt modéré aux yeux de notre homo oeconomicus incarné :qu'est ce qui empêchait le consommateur américain de bouder les sacs Vuitton au profit d'un Versace et de substituer le gorgonzola au roquefort?

Risquons nous à trois hypothèses complémentaires:

-L'opinion publique américaine était peut-être moins unie qu'il n'y paraîssait: il est probable que des opposants politiques à l'Administration Bush (si mal élue on s'en souvient) aient manifesté leur opinion en reprenant un peu de Bourgogne ou de foie gras.

-Le commerce est un "contact pacifique" (Jean Pierre Vernant) par le truchement duquel on se procure ce qu'une autre société nous semble offrir de meilleur de sorte que les américains ont continué à acheter l'image qu'il se font de notre pays (le pays réel dirait l'autre)

-Une sanction commerciale n'était peut-être pas à la hauteur du préjudice moral qu'ont subi certains américains qui se sentant trahis par les français auraient peut-être trouvé inadéquat de répliquer par une modeste grève du Bordeaux.

Moralité: la mondialisation n'a pas le moins du monde empêché la France de jouer sa partition politique.  Nous pourrons donc continuer à "protester"... tout en étant le deuxième marché mondial le plus rentable pour Mac Donald (dixit S. Meunier).

Quoi de mieux pour un pays qui redoute à ce point les révolutions mais en aime tant le spectacle?

Orley Ashenfelter et alii, "French wine anf the US boycott of 2003:does politics really affect commerce?", Journal of Wine Economics, vol1, spring 2007.

Christina Davis, Sophie Meunier, "Business as usual? Economic response to political tensions", Princeton, Juillet, 2009.

Sophie Meunier, "Quel est l'impact économique des tensions transatlantiques?", Politique Etrangère, 01 2009.

Sophie  Meunier,  "La mondialisation n'aime pas les boycotts" ,Telos, 14/05/08.

 

Publié par Ecointerviews à 19:18:26 dans Actu des papiers | Commentaires (0) |

Géographie des délocalisations: avantage aux pays méditerranéens | 20 janvier 2010

délocalisations

 

Laurène Fauconnier rapporte l'évolution entre 2007 et 2009 du classement AT Kearney des 50 premières destinations pour les transferts d'activités industrielles ou de services.

Le déclin d'attractivité de la plupart des pays d'Europe de l'Est (hormis la Roumanie et la Bulgarie qualifiées de "nouvelles stars de l'offshore") au profit des pays méditerranéens traduirait une certaine convergence européenne en matière salariale.

Les bons résultats du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord étoffent le classement d'une région dont le palmarès se limitait en 2004 à Israël et à la Turquie.

Joie des joies: la France passe de la 48ième à la 41ième place mais reste à savoir si elle le doit à l'amélioration de son attractivité financière, une meilleure qualification de sa main d'oeuvre, un environnement économique plus propice (point fort)... ou simplement à l'affaiblissement d'autres zones comme le suggère le rapport (en anglais) accessible ici.

Publié par Ecointerviews à 15:59:56 dans Le graphique du jour | Commentaires (0) |

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