Patrice CASSAGNARD
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Denis GOUAUX
Docteur
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La concomittance entre le débat sur "l'identité nationale", la proposition de fermer les entreprises qui emploient des étrangers clandestins et l'éventualité d'une panthéonisation d'Albert Camus me donne l'occasion d'effectuer un flash back sur la plus importante vague migratoire depuis l'après-guerre: le rapatriement des français d'Algérie en 1962 (*). Il n'existe pas beaucoup de travaux économiques sur cette question et on fera référence ici à un papier de Jennifer Hunt (1992), spécialiste américaine des questions migratoires (signalons tout de même un travail pionnier de 1975). L'auteur nous apprend que les 900 000 rapatriés qui rejoignirent la "métropole" n'ont pas causé un dommage majeur sur les conditions d'emploi des autres français. Les conséquences en termes de chômage et de salaires furent relativement faibles et très localisées dans quelques départements du Sud. Bien sur l'économie française était au plein emploi et la population "pied-noir" (**) bénéficiait d'une dotation en capital humain plutôt favorable mais l'Etat a contribué activement à l'équilibre du marché du travail. Par exemple en demandant aux entreprises de signaler leurs emplois vacants afin de les attribuer en priorité aux rapatriés ou encore par la construction de logements pour ces familles, ce qui ne manqua pas de créer des emplois supplémentaires. Le résultat fut positif et rapide, même si en 1968 le taux de chômage des rapatriés restait deux fois plus élévé que la moyenne nationale. Pour revenir à Albert Camus, originaire d'Algérie, on peut dire que son décès prématuré priva les rapatriés d'un point d'appui qui leur aurait été utile pour améliorer leurs conditions d'arrivée en France. Rêvons un chouia: à l'heure où l'on suggère son entrée au Panthéon ne serait-il pas bienvenu que la France renoue, vis-à-vis de ses immigrants, avec quelques unes des bonnes pratiques qui permirent que le rapatriement des "pieds noirs" ne tourne pas mal?
* Bel exemple d'"immigration subie" (selon une terminologie contemporaine) dont l'auteur de ces quelques lignes est lui même issu.
** Ceux que cela intéresse découvriront le sens de ce curieux sobriquet dans... "Tintin en Amérique" .
Publié par Ecointerviews à 12:56:43 dans Réactions | Commentaires (2) | Permaliens
Dans un commentaire du post du 9/11, Anne remarquait très justement que la nuit influence fortement le trafic aérien. Probablement avait-elle en tête quelques articles d’économie géographique traitant du rôle des décalages horaires sur les flux réels et financiers. Je saute donc sur l’occasion pour exhumer un papier que j’avais lu il y a quelques temps.
En 2007, Stein et Daube publiaient dans le Journal of International Economics un papier dont le titre est évocateur : « Longitude matters: Time zones and the location of foreign direct investment ». Non seulement les distances comptent mais le fait de franchir des fuseaux horaires diminue le commerce international et les localisations d’IDE. Ainsi une augmentation de 1% des distances diminue plus fortement les IDE (baisse de 0.96%) que le commerce bilatéral (0.9%). En ajoutant aux régressions les fuseaux horaires, ils montrent qu’une différence de 1 heure entre deux zones réduit les stocks d’IDE d’une valeur comprise entre 17 et 26% (suivant les spécifications utilisées) et le commerce bilatéral d’une valeur comprise entre 7 et 11%.
Voici une nouvelle barrière informelle aux échanges qui manifestement joue un rôle économique fort en ne faisant pas que freiner le trafic aérien.
Publié par Ecointerviews à 11:38:21 dans Réactions | Commentaires (0) | Permaliens
Une enquête rapportée par BusinessWeek montre qu'entre 2005 et 2008 la Chine aurait perdu de son attractivité pour les entreprises industrielles américaines qui délocalisent. Le Mexique serait devenu une destination relativement moins coûteuse en raison de l'appréciation du Yuan face au dollar et de la poussée des salaires chinois. On observe quelques relocalisations vers le Mexique et les Etats-Unis. Peut-être assiste-t-on à la fin de la ruée vers "l'atelier du monde" qui prévalait jusqu'ici: "Still, the reassessment of costs seems to have halted the herd mentality that drove many U.S. companies to China 5 to 10 years ago for what have turned out to be marginal gains. "A lot of work that went from Mexico to China probably shouldn't have," Maurer says. Production of high-end electronics, such as telecom switches and computer servers, is starting to return to the Americas so that supplies can be closer to U.S. customers, says Celestica's Andrade. Another variable is the cost of repairing and replacing defective equipment, which can be surprisingly high for complex electronic items." L'inauguration ce mardi par PSA d'une nouvelle usine en Chine démontre cependant que d'autres occasions d'investissements sont amenées à prospérer dans un pays où le groupe français espère vendre 50% d'automobiles supplémentaires.
Publié par Ecointerviews à 11:51:57 dans Réactions | Commentaires (0) | Permaliens
Ce graphique est issu d'une étude réalisée en mai 2008. Il indique le pourcentage d'entreprises manufacturières de plus de 10 salariés qui, entre 2003 et 2005, ont procédé à une délocalisation (investissement vertical), une implantation à l'étranger en vue de conquérir un marché (investissement horizontal) ou la combinaison des deux, selon le secteur d'activité. D'après les auteurs les délocalisations ont concerné 5% des entreprises. Cela pourrait sembler marginal mais cette proportion est presque aussi forte que celle des entreprises qui procèdent à des investissements horizontaux (6%) et les délocalisations sont très concentrées sectoriellement (le textile, l'habillement mais aussi l'automobile ainsi que les composants électriques/electroniques). On observe la prédominance des investissements directs horizontaux sur les délocalisations dans la pharmacie, la parfumerie, l'édition ou les industries agricoles, ce qui témoigne d'un avantage concurrentiel (encore) solide.
Publié par Ecointerviews à 17:50:26 dans Le graphique du jour | Commentaires (0) | Permaliens
La réforme de la taxe professionnelle nourrit un débat politique très vif entre le pouvoir central et nombre d'élus locaux de toutes sensibilités. Les économistes peuvent-ils y ajouter leur grain de sel? On tirera quelques enseignements précieux d'un papier de Fabien Candau qui traite de la concurrence fiscale interrégionale et internationale. Il y démontre que l'approfondissement de l'intégration régionale et internationale devrait entraîner une course vers le "moins-disant fiscal", non pas au bout d'un certain temps comme le montrent les premiers modèles d'économie géographique mais tout le temps. Existe-il un moyen de s'opposer à cette loi d'airain? L'auteur explique qu'il est possible de maintenir un seuil plancher de fiscalité dans les zones périphériques à condition que les taxes soient prélevées sur les facteurs de production immobiles. Or, remarque-t-il, l'essentiel des ressources des régions françaises provient de la taxe professionnelle et frappe donc les entreprises que l'on considère comme mobiles a priori. De ce fait le jeu concurrentiel devrait conduire à la disparition de cette taxe, sous sa forme actuelle.
Une remarque et une question. La réforme prévoit de prélever la future taxe professionnelle sur la valeur ajoutée des unités productives. Ceci serait judicieux pour les collectivités locales car la fiscalité basculerait sur les activités qui sont justement les moins mobiles: les services. Les résultats de F. Candau dépendent d'une variable décisive: les coûts urbains (de transport par exemple). Lorsqu'ils diminuent la dispersion géographique des activités est moins forte et en dessous d'un certain seuil la concurrence fiscale pourrait même s'inverser et céder la place à un scénario de "mieux-disant" fiscal. Cette éventualité est à ce point aimable à notre esprit social-démocrate que nous nous posons la question suivante: si le bien public financé par la taxe avait des retombées favorables sur les coûts urbains (par exemple en soutenant l'innovation ou les énergies alternatives) cela permettrait-il d'atténuer le mécanisme fatal que décrit l'auteur?
Fabien Candau, Concurrence fiscale, ville et commerce, Revue d'Economie Politique, n°5, Septembre-octobre 2008 (en anglais).
Publié par Ecointerviews à 15:20:12 dans Actu des papiers | Commentaires (2) | Permaliens
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